Hébus Timide


   Age : 22 Inscrit le : 17 Avr 2008 Messages : 12
| Sujet: Moeurs & Société Dim 4 Mai - 23:39 | |
| MACHINAL
Il existe une catégorie de gestes quotidiens, si petits qu'on les remarques à peine, mais qui présentent la particularité de se retrouver chez l'humanité entière. Comme les tics, ce sont des gestes inutiles mais qu'on ne peut se retenir de faire, et tellement insignifiants que ça serait idiot de s'en priver. Observons l'homo sapiens sapiens pendant qu'il ne nous regarde pas.
Crever
La plupart du temps, ces gestes sont associés à un objet, une matière, ou une situation précise. Exemple : dans les objets industriels récents qui se sont répandus sur la planète, vous avez ces emballages anti-chocs transparents composés de bulles d'air enfermées dans des sphères de plastique souple. Vous trouvez ce produit d'emballage sur tous les continents, de l'Europe à l'Antarctique. Eh bien sur tous les continents, de l'Europe à l'Antarctique, les homos sapiens, aux mains désoeuvrées, mis en présence de cette matière, ne peuvent s'empêcher de la saisir et d'en crever quelques bulles,c'est incoercible. À 95%, ce geste est machinal, c'est-à-dire qu'il est à peine conscient, qu'on l'exécute en pensant à autre chose, en parlant ou en regardant la télé, mais vous trouvez des personnes chez qui la pulsion d'éclater les bulles en plastique devient un plaisir, une vraie drogue, qu'elles recherchent avec une intention consciente. Elles sautent sur le moindre bout d'emballage à bulles qui traîne, en crèvent les alvéoles avec une attention méthodique et ne le lâchent que lorsque toutes les bulles sont crevées, clac clac clac, si le bout d'emballage mesure deux mètres carrés, on est tranquilles pour un moment.
Tripoter
Souvent,ces gestes viennent de la nécessité inconsciente, présente chez tout le genre humain, de ne pas laisser ses mains inertes à l'état de veille. Pourquoi éprouve-t-on le besoin de toujours soumettre ses doigts à une perception tactile quelconque, comme un service minimum ? Prenez les trousseaux de clés, particulièrement les clés de voiture, et constatez le nombre de gens qui les tripotent, les secouent, les agitent, en parlant, en marchant. Il y a même une catégorie particulière un peu énervante et principalement masculine dont le tournicotis des clés de bagnole semble être l'unique activité et raison de vivre sur terre. À noter que les-dites clés sont souvent attachées à un objet conçu à cet usage nommé "porte-clés", lequel,dans le cas précité, sera décoré avec la marque de la voiture en question, avec, pour certains, la loi de proportionnalité suivante : plus la marque est prestigieuse plus le mouvement est frénétique et ostentatoire (et accompagné si possible de l'air impatient et affairé de celui qui attend quelque chose de très important, une fille canon, une star du foot, un contrat avec tf1). Dans certains pays, comme les Balkans, il existe des objets exactement destinés à cet usage, c'est-à-dire tripotés machinalement sans but ni fonction, des sortes de chapelets qui n'ont rien de religieux, qui s'appellent en Grèce des komboloï, et qu'on voit dans toutes les mains d'hommes quand elles ne manipulent pas des clés de bagnole ou les fesses de la voisine. Ailleurs, d'autres objets sont détournés pour un usage tripotatoire : chasse-mouche, éventails, briquets, stylos (surtout ceux avec pointe rétractable), sticks lunettes, et maintenant, universellement, téléphone portable.
Troubler
Un autre de ces gestes irrésistibles, communs à tous les humains, c'est l'envie de briser une surface plane quand elle est trop belle et trop lisse : flaque d'eau, sable ; neige, pellicule de savon plaque de glace,crème. Avouez qu'une surface vierge, libre, plane, propre et disponible semble n'être sur terre que pour recevoir votre caillou, pied, main, brindille, doigt, cuillère, à seule fin de la troubler ou de la briser. Ce réflexe impératif chez tous les enfants persiste au stade machinal à l'âge adulte. Faites le test de la lentille d'eau. Quand cette plante aquatique arrive à recouvrir de ses minuscules feuilles vertes la surface entière d'une mare, il en résulte une étendue plane d'un vert complètement uniforme, tellement unie et parfaite qu'on la dirait artificielle. Qui a résisté à l'envie d'y balancer un pavé pour voir cette perfection éclater en éclaboussures et vaguelettes ? Même phénomène devant une vitre recouverte d'une buée, le doigt semble naturellement appelé à y inscrire graffitis et dessins éphémères, rien que pour en troubler l'uniforme opacité.
Une variante geste machinal en rapport avec la surface plane nécessite la surface d'une table et des particules diverses dispersées dessus, miettes de pain ou cristaux de sucre. Si ce geste machinal n'est pas universellement répandu, il reste extrêmement fréquent : les doigts du convive qui parle ou écoute jouent avec les miettes : petits tas, talus, lignes, cercles, dessins.
Eplucher
Décidément, les surfaces lisses tiennent une grande place dans notre fonctionnement inconscient. Car ces doigts toujours en action recourent à une autre occupation machinale plus ou moins volontaire : éplucher. Ecorce d'un arbre, écailles de peinture, papier collé, peau morte, lichens, croûtes diverses, l'humain éprouve incontestablement une microscopique jouissance à libérer une surface plane des irrégularités qui l'encombrent pour peu que celles-ci se détachent facilement. Et ce, notons-le, dans un but inverse au geste précédent qui consistait à rompre une surface : il s'agit là de la restaurer. Certains maniaques de l'épluchage recouvrent leurs doigts de colle, rien que pour pouvoir éplucher celle-ci une fois sèche.
Sucer
On n'a plus le droit de dire "stade oral" depuis que le balancier des modes intellectuelles a envoyé Freud au purgatoire des vilains pas beaux. Alors comment peut-on expliquer le geste machinal qui consiste à porter des objets à sa bouche pour les sucer ? Toutes les Laurence Pernoud du monde vous disent que la découverte des objets par la bouche occupe presque exclusivement une période conséquente de la vie du bébé. On ne voit dès lors rien d'étonnant à ce que cette activité se retrouve dans le comportement machinal de l'adulte. La liste des objets que les adultes portent machinalement à la bouche sans être destinés à la consommation est assez limitée : à 95% les stylos, crayons et autres outils graphiques (au point qu'à une époque, certains fabricants avaient fait des crayons à l'extrémité parfumées à la fraise ou au citron), le reste se répartit en pendentifs, cuillères vides, allumettes, brins d'herbe, branches de lunette, bâtons de sucette ou d'esquimaux, noyaux de fruits... Faut-il rattacher à cette oralité la manie pratiquée par une minorité notable de la population,qui est de sentir un livre la première fois qu'on l'ouvre (Albert Camus prétendait qu'adolescent il reconnaissait l'éditeur d'un livre à l'odeur...) ?
Gribouiller
Le gribouillage automatique auquel 99,99% de la population se livre en parlant au téléphone, en assistant à une réunion ou à un cours, est tellement typique des gestes machinaux que d'autres que moi y ont déjà consacré d'éminentes études. J'y ajoute juste une observation. Ces graffitis, le plus souvent proches de l'enluminure, frises, motifs répétitifs, sur-lignages et sur-entourage, plus rarement dessins complets, ont besoin d'une base aussi ténue soit-elle pour démarrer : mot déjà écrit ou imprimé, quadrillage de la feuille. Ainsi, partant de quelques cm², le graffiti machinal peut arriver à recouvrir des surfaces impressionnantes (c'est ainsi qu'un certain Michel Ange, à qui on lisait une longue lettre alors qu'il était allongé on ne sait pourquoi sur un échafaudage à portée de main du plafond de la chapelle Sixtine, commença à gribouiller machinalement...).
Les postures machinales
Complément des gestes, il y a aussi les attitudes et les expressions. Il est impossible de savoir d'où vient cette mimique humaine très répandue qui consiste à sortir le bout de la langue lorsqu'on est plongé dans une activité délicate qui demande une intense concentration. Tout juste peut-on constater qu'elle est fréquente sur toute la planète. Comme hausser les sourcils pour exprimer l'étonnement, ou gonfler les joues en rejetant un peu d'air pour exprimer l'ignorance, et encore lever la tête lorsqu'on se concentre sur l'attention auditive. Les travaux tout récents d'un groupe de l'université d'Haïfa ont montré que ces expressions machinales n'appartenaient pas à l'acquis mais à l'inné : il s'agirait de comportements hérités génétiquement (Pour La Science n°350). C'est bien possible. Mais alors à quel endroit des chromosomes se situe le gène de la crevaison des emballages à bulles ?
Dernière édition par Hébus le Dim 18 Mai - 4:38, édité 2 fois |
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Cydut Admin


   Age : 40 Inscrit le : 12 Avr 2008 Messages : 42
| Sujet: no comment Lun 12 Mai - 1:28 | |
| J'ai beau réfléchir je n'ai pas de préférence !
Mon royaume (La Psychosie , en haut du réfrigérateur en sortant de l'ascenseur par le RER B) est constitué, je l'avoue de tout ça ! Ca faire peur !
Oh oui je le confesse j'adore 
- Crever
- Tripoter
- Troubler
- Eplucher
- Sucer
- Gribouiller
PS : Achète au meilleur prix papier plastique à bulles neuf et flaques d'eau non troublées.. |
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Cydut Admin


   Age : 40 Inscrit le : 12 Avr 2008 Messages : 42
| Sujet: Re: Moeurs & Société Mer 11 Juin - 8:23 | |
| Merci ça soulage
 _________________ Rien ne sert de courir, non ça sert à rien ! |
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Maxou Débutant


   Age : 16 Inscrit le : 08 Mai 2008 Messages : 7
| Sujet: Re: Moeurs & Société Sam 14 Juin - 21:56 | |
| | J'adore!Merci xavier!Je sais pas qui c'est le c$ù*^ qui a fait ça mais il ma soulagé! |
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